LE CONTEXTE DE LA RENCONTRE

 LE CONTEXTE DE LA RENCONTRE 

 

Lundi 28 octobre 2024/

Semaine 5 : Le témoignage des Samaritains

Thème général : Thèmes dans l'Evangile de Jean

 

Texte à méditer : "Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? " (Jean 4:9)

 

La description du contexte de la rencontre entre Jésus et les Samaritains débute par un voyage. Dans Jean 4:1-4, Jésus quitte la Judée pour retourner en Galilée. Ce déplacement est motivé par la constatation que les pharisiens avaient remarqué que les disciples de Jésus baptisaient plus de personnes que ceux de Jean-Baptiste, ce qui pouvait naturellement créer des tensions entre les partisans des deux figures. Les disciples de Jean-Baptiste, soucieux de la réputation de leur maître, défendaient son statut, comme en témoigne leur réaction dans Jean 3:26-30 : "Rabbi, celui qui était avec toi au delà du Jourdain, et à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous vont à lui." En réponse, Jean-Baptiste avait affirmé qu'il devait diminuer tandis que Jésus devait croître (Jean 3:30).

 

Pour prévenir une confrontation entre les disciples des deux maîtres et apaiser les esprits, Jésus décide de quitter la Judée pour se rendre en Galilée. Ce retrait vise également à éviter une opposition prématurée des autorités religieuses, de plus en plus sensibles à sa popularité grandissante. Il s'agit pour Jésus d'un choix stratégique, lui permettant de contrôler le rythme et l'ampleur de son ministère sans susciter d'animosité de la part des dirigeants juifs. En s’éloignant vers la Galilée, loin de Jérusalem, siège de ces autorités, il veut ainsi poursuivre son œuvre sans subir leur pression immédiate.

 

La nécessité pour Jésus de passer par la Samarie n’est pas uniquement géographique, bien que ce trajet constitue le chemin le plus direct entre la Judée et la Galilée. En se dirigeant vers cette région, Jésus choisit de traverser un territoire que les Juifs évitent habituellement, préférant contourner la Samarie pour ne pas entrer en contact avec ses habitants, souvent considérés comme impurs. Son choix de passer par la Samarie ne relève pas d'une simple commodité géographique. Il témoigne d’une intention profonde, car Jésus désire se rendre au cœur de ce territoire, où il rencontrera des personnes qui, en d’autres circonstances, resteraient en marge de son ministère. En empruntant le chemin direct, il amorce une démarche d'inclusion, ouvrant la voie à un échange qui transcendera les tensions culturelles et religieuses entre Juifs et Samaritains. Cette décision marque une rupture nette avec les pratiques de son époque et revêt une intention spirituelle et symbolique profonde. Le passage de Jésus en Samarie prépare ainsi une rencontre au puits de Jacob avec une Samaritaine, un événement qui marquera une étape cruciale dans l’ouverture de son ministère aux non-Juifs.

 

Les Samaritains existent encore aujourd'hui, bien qu'ils soient devenus très rares. Ils occupent toujours la même région qu'à l'époque de Jésus et préfèrent désormais se faire appeler « Samaritains israélites » afin d’éviter toute confusion avec d'autres significations du terme. Actuellement, ils sont environ 900 en Israël et environ 3 600 dans d'autres régions du monde, principalement au Brésil. Ils continuent d'affirmer que leur Torah est la version pure, tandis qu'ils considèrent la Torah israélite comme corrompue (Cela ressemble un peu à certaines des discussions que nous avons au sujet des diverses traductions de la Bible). De plus, ils maintiennent que le mont Garizim doit être le lieu du Temple. Il est intéressant de souligner que Jésus et ses disciples choisirent de traverser la Samarie et que ces derniers achetèrent même de la nourriture sur place. Ce trajet était un choix délibéré et représenta une expérience très singulière pour les disciples.

 

Le puits de Jacob était situé juste à côté de Sichem, tandis que Sychar, d’où était originaire la femme, était à environ 1,5 km. Jésus s’assit près du puits pendant que Ses disciples entrèrent dans la ville pour acheter des vivres. Il n’avait pas accès à l’eau rafraichissante du puits. Fatigué de son voyage, Jésus vit cette femme venue puiser de l'eau et lui dit : « Donne-moi à boire » (Jean 4:7). En demandant de l'eau, Jésus défie les conventions culturelles et religieuses de son temps. D'abord, les Juifs et les Samaritains ne se fréquentaient généralement pas, en raison de tensions religieuses et ethniques. De plus, les hommes ne s’adressaient pas facilement aux femmes en public. Dans la culture de l’époque, demander et recevoir une faveur de quelqu’un ouvrait la porte à l’amitié et obligeait celui qui la recevait à rendre la pareille. La femme semblait choquée que Jésus, un Juif, lui ait demandé, à elle, une Samaritaine méprisée, de faire quelque chose pour Lui, initiant ainsi une relation (Jean 4:9).

 

Jésus prépare ainsi la conversation vers une révélation spirituelle plus profonde, car le dialogue qu'il engage sur l'eau physique va bientôt se transformer en une discussion sur « l'eau vive » qu'il peut offrir, symbolisant la vie éternelle et la grâce divine. En partant d’un besoin humain simple, Jésus ouvre une porte vers une vérité spirituelle plus élevée, montrant son approche de la mission : il rencontre les gens là où ils sont, pour les conduire vers ce qui dépasse leurs besoins immédiats.

 

Dans Jean 3, il était surprenant que Nicodème, un chef des Juifs et un rabbin, s’abaisse pour aller à Jésus. Il était allé de nuit pour éviter d’être découvert. Mais dans Jean 4, la femme se cachait en plein jour, évitant peut-être tout contact avec d’autres femmes qui venaient le matin ou le soir quand il faisait plus frais. Après tout, pourquoi avait-elle parcouru un si long chemin pour chercher de l’eau, et au milieu de la journée alors qu’il faisait chaud ? Quelle que soit la raison de sa présence, la rencontre avec Jésus allait changer sa vie.

 

La scène qui suit met en contraste deux figures emblématiques : d'un côté, Nicodème, un enseignant juif respecté, était venu discrètement de nuit pour rencontrer Jésus, et de l'autre, une femme samaritaine de réputation douteuse, rencontrée en plein jour au puits de Jacob. Ces deux rencontres soulignent un double aspect de l’approche de Jésus, qui ne se limite ni à un statut social ni à une origine ethnique. Ce contraste saisissant entre Nicodème et la Samaritaine souligne la portée inclusive du message de Jésus, qui s’adresse aux chefs religieux comme aux âmes marginalisées, ouvrant à chacun un accès aux vérités spirituelles profondes qu'il est venu révéler.

 

Dans chaque culture, il existe des tabous qui peuvent freiner l'élan de partage et d'ouverture envers autrui, limitant la portée d’un témoignage inclusif et ouvert, surtout lorsque l’Évangile invite à transcender ces clivages, comme dans l’interaction entre Jésus et la Samaritaine. Ces tabous prennent souvent la forme : de rôles de genre (dans de nombreuses cultures où les interactions entre hommes et femmes, particulièrement dans des espaces publics, demeurent restreintes) ; de barrières liées aux différences ethniques ou raciales (tensions historiques encore vives dans certaines sociétés contemporaines, à l’instar de l’animosité traditionnelle entre Juifs et Samaritains) ; de barrières liées aux croyances culturelles et religieuses profondément ancrées (dans certains contextes, l’idée d’engager une conversation sur la foi chrétienne peut susciter des résistances) ; de normes liées au statut social et aux classes sociales (le message de l’Évangile en faveur des plus marginalisés peut ébranler les sociétés strictement hiérarchisées) ; de préjugés sociaux (et plus particulièrement, l’histoire matrimoniale de la Samaritaine touche à des tabous moraux et sociaux, rendant difficile un dialogue ouvert sur le pardon et la transformation) ; de griefs historiques (susceptibles d’alourdir les échanges autour de la foi et de la réconciliation, en particulier dans les régions où ces conflits sont encore source de division).

 

Ces éléments soulignent l'importance d'aborder le témoignage avec une sensibilité accrue et une compréhension profonde des contextes culturels et historiques. Un témoignage véritable puise sa force dans l’empathie, l’écoute active et une ouverture à apprendre des autres. Cultiver un regard intérieur critique, en identifiant les préjugés et comportements hérités, permet de s'en affranchir. Dans cette démarche, l'exemple de Jésus est éclairant : il a constamment défié les conventions de son époque pour rejoindre ceux qui en étaient exclus. En s’efforçant de percevoir autrui avec bienveillance et sincérité, chacun peut dépasser les tabous de sa propre culture et offrir un témoignage authentique et universel.

 

 Puisse cette démarche enrichir nos vies et celles de ceux que nous rencontrerons aujourd’hui.

 

Abondantes grâces de la part du Christ !

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