SIXIÈME TÉMOIN : NICODÈME

 SIXIÈME TÉMOIN : NICODÈME 

 

Vendredi 25 octobre 2024

Semaine 4 : Les témoins du Christ comme Messie

Thème général : Thèmes dans l'Evangile de Jean

 

Texte à méditer : "Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange de myrrhe et d'aloès, d'environ cent livres" (Jean 19:39).

 

Dans son évangile, Jean se distingue par l'attention particulière qu'il accorde aux rencontres personnelles de Jésus, telles que celle avec Nicodème ou celle avec la Samaritaine. Jésus, dans ses interactions, n'a manifesté aucun favoritisme, traitant chacun avec la même considération. Il s'engageait de manière significative avec tous ceux qui étaient ouverts à la vérité, qu'il s'agisse d'un éminent chef juif comme Nicodème ou d'une femme samaritaine, socialement marginalisée.

 

Nicodème, personnage central de Jean 3:1-2, apparaît comme un homme de distinction, profondément respecté. C’était un pharisien et un membre influent du Sanhédrin, qui servait de système judiciaire le plus élevé du judaïsme, le plus proche de l’autonomie. Le mot « Sanhédrin » vient du mot grec sunedrion, qui signifie littéralement « un concile ». Il était composé de 71 membres, répartis en trois divisions, selon Matthieu 27:41, comme suit: (i) Les principaux sacrificateurs (le souverain sacrificateur exécutif, les souverains sacrificateurs à la retraite et les membres de la famille des souverains sacrificateurs - Ce bloc était principalement composé de Saducéens.). (ii) Les scribes (composé principalement des pharisiens). (iii) Les anciens, qui étaient les représentants des principales familles aristocratiques.

 

Le nom grec de Nicodème signifie littéralement « vainqueur du peuple ». Connu pour sa richesse, Nicodème était aussi un enseignant distingué. Il prit sur lui la responsabilité de rencontrer Jésus à cause de toutes les choses inhabituelles qu’il avait entendues à Son sujet. Sa rencontre nocturne avec Jésus trahit une certaine ambivalence. Bien qu'il reconnaisse en Jésus un "maître" et admette que "Dieu doit être avec Lui", rien dans son approche n’indique qu'il considère Jésus comme le Messie. Nicodème considérait les miracles comme une preuve de l’appel divin de Jésus, mais pas comme l’accomplissement des prophéties de l’Ancien Testament concernant le Messie.  Le choix de la nuit pour cette entrevue suggère une discrétion qui reflète peut-être une hésitation à s'affirmer publiquement en faveur de Jésus, qui divise tant les autorités religieuses.

 

Avez-vous déjà observé les hommes politiques dans leur manière de répondre aux journalistes ? Le journaliste pose une question, et le politicien réplique : « C’est une excellente question, mais la vraie question est ailleurs… ». Dans une situation similaire, Jésus écouta l'introduction de Nicodème et, contre toute attente, lui fit cette déclaration déconcertante :

« En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu » (Jean 3:3). Ce propos bouleversa tellement Nicodème qu’il ne perçut pas immédiatement la portée métaphorique de ces paroles. Lui, éminent enseignant, versé dans la Torah et ses enseignements, se retrouva face à une révélation radicale : il lui fallait, selon Jésus, repartir de zéro, désapprendre une partie de ce qu’il croyait maîtriser.

 

L’auteur souligne que, bien que l’héritage juif, remontant à Abraham, ait conféré aux enfants d’Israël de nombreux privilèges (voir Romains 3:1-2), cet héritage à lui seul ne suffisait pas. Jésus adressa à Nicodème un message impensable : lui, maître et dirigeant en Israël, devait "naître de nouveau", non pas selon la chair, mais d’en haut. Les Juifs croyaient que les Gentils avaient besoin d’être convertis, mais beaucoup ne comprenaient pas qu’eux aussi, le peuple élu, avaient besoin d’une expérience de conversion. Personne ne nait sauvé, quelle que soit sa nationalité ou l’église dans laquelle il a été élevé.

 

Si nous paraphrasons ce message pour notre contexte moderne, il en ressortirait que, nous ne pouvons pas nous contenter de nous appuyer sur l’héritage de l’église, ni sur les doctrines et autres croyances fondamentales. Le message de Jésus est clair : il s'agit de recommencer à zéro, de renaître spirituellement. C'est une vérité difficile à accepter, mais il est nécessaire de s’y attarder pour en saisir toute la profondeur.

 

Dans les versets suivants (Jean 3:8-10), Jésus, loin d'adopter une attitude bienveillante ou respectueuse à l'égard de Nicodème, l’interpelle de manière cinglante. En lui reprochant son manque de compréhension, malgré sa position de maître en Israël, Jésus semble défier la stature de son interlocuteur : "Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas ces choses ! " Ces paroles abruptes montrent que Jésus n’hésite pas à remettre en question l'autorité et la sagesse de ceux qui prétendent enseigner, tout en révélant un fossé spirituel entre Nicodème et lui.

 

L’insistance de Jésus se poursuit dans les versets de Jean3:11-12. Là encore, ses paroles résonnent comme une réprimande. Il rappelle à Nicodème que, malgré les témoignages clairs et simples des choses terrestres, lui et les autres ne croient pas, rendant ainsi difficile la compréhension des vérités célestes. Ce dialogue met en lumière non seulement l'incrédulité de Nicodème, mais aussi l’exigence de Jésus envers ceux qui cherchent la vérité. Pour comprendre les mystères du royaume, il faut d'abord embrasser une foi simple et sans compromis.

 

"Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle." Quand Jésus évoque, dans les versets 13-15, la figure du serpent élevé dans le désert (référence à Nombres 21:8-9), l’interprétation de Nicodème demeure incertaine. Jésus ne se présente pas comme le roi attendu, mais plutôt comme un symbole de rédemption, un signe qui doit être "élevé" pour apporter le salut. Cette analogie complexe ne semble guère convaincre Nicodème à ce moment précis, mais elle reste une clé de lecture des événements qui suivront.

 

Pourquoi qualifier Nicodème de témoin ? Ce qu’une personne fait est une excellente preuve de ce qu’elle croit. Joseph d’Arimathée est considéré comme un disciple de Jésus. Nicodème avait eu l’occasion de mettre à l’épreuve le courage spirituel du caractère et de l’intégrité sans tache de Jésus. En conséquence, Nicodème défendit plus tard Jésus devant le Sanhédrin, qui voulait Le condamner sans L’avoir écouté, comme nous l’apprenons dans Jean 7:51.

 

La scène de Jean 19:38-39 éclaire d’un jour nouveau le cheminement de Nicodème. Son geste consistant à apporter une grande quantité d'épices pour l’embaumement de Jésus, en compagnie de Joseph d'Arimathée, ne laisse plus place au doute quant à son allégeance. Ce geste, analysé à la lumière de la discussion de Jean 3, prend une signification d’autant plus puissante que, dans la culture de l’époque, une telle offrande témoigne non seulement de la richesse de Nicodème, mais surtout de l’importance qu’il accorde à Jésus.

 

En dépit des paroles dures que Jésus avait prononcées à son égard, Nicodème choisit d’honorer celui qu'il semble désormais reconnaître comme digne d'un hommage royal. Jésus, autrefois source d'incompréhension et de réprimande, devient pour Nicodème une figure qu’il est prêt à soutenir, même après sa mort. En règle générale, nous n’apprécions pas ou ne soutenons pas les personnes qui nous insultent. C’est particulièrement vrai lorsque nous occupons une position importante. Nicodème avait de nombreuses raisons d’en vouloir à Jésus et de le rejeter. Ses actions nous indiquent qu’il a surmonté ces obstacles et qu’il honore maintenant Jésus. Ce n’est pas là une simple action de convenance, mais le signe d’une transformation profonde. Bien que non verbalisée, sa déclaration de foi transparaît dans son comportement. Par ses gestes, Nicodème témoigne d’une conviction sincère, là où les mots ont peut-être échoué à exprimer pleinement sa foi en celui qu’il avait autrefois abordé dans l’ombre.

 

Puissions-nous, à l'exemple de Nicodème, dépasser les doutes et les obstacles qui freinent notre foi, et laisser nos actions refléter une transformation authentique et profonde ! Que nos vies soient des témoignages vivants de notre attachement à la vérité, même lorsque les mots peuvent parfois manquer.

 

Abondantes grâces de la part de l’Éternel !

 

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